J’ai toujours pensé que le plus dur dans la mort doit être la
solitude. On se casse mais tout le monde reste. Le pire est que l’on ignore ou l’on va ! Les gens qui restent ne le savent pas non plus. On a conscience les yeux mi-clos que les personnes à qui
ont fait un geste d’au revoir et qui font de même nous rejoindront un jour ou l’autre dans cet endroit dont aucun de nous ne connaît le nom, l’emplacement, qui n’existe même sûrement pas, mais
elles ne sont pas pressées de le faire. Par tous les moyens, elles retardent au maximum le moment de nos retrouvailles. Réduisant proportionnellement avec leur volonté - grande ou petite - leur
dose de tabac, d’alcool, de graisses saturées, de cocaïne ou de cannabis. Régulant leur vitesse au guidon de leur scooter dernier cri, au volant de leur cabriolet flambant neuf. Privilégiant les
transports ferroviaires notoirement connus pour leurs excellentes statistiques en matière de mortalité. Mangeant 5 fruits par jour, optant pour les légumes et laitages bio au prix d’un sacrifice
financier et d’une petite voix disant « La santé d’abord ». Faisant du jogging, voir du footing le cardiomètre en bandoulière. Tous ces morts que nous avons aimé, qui nous attendent et que nous
faisons lanterner.
Le moyen de ne pas être seul le jour de sa mort est de se trouver providentiellement parmi les victimes d’un crash aérien au dessus de la
fosse des Mariannes ou d’un naufrage en Papouasie Nouvelle Guinée. Ou les suicides collectifs genre les Otakis pour les jeux Dead or Alive mais il est difficile de trouver 140 copains assez
cintrés pour se tuer le même jour que soi. Il reste la guerre. Cet engouement des gens pour la guerre n’est il pas dû à la perspective de ne pas mourir seul ? J’aime assez cette perspective
héroïque de l’assaut « allez les gars, pas de quartiers ou on leur percera le flanc» ! Le drame du Titanic me fascine encore en ce que, pendant plus de deux heures, une communauté de 2000
personnes s’est crée, celle qui n’avaient pas trouvé de place à bord des canots de sauvetage !
Je songe à ces 200 victimes non séparés du vol AF 447. Quels sentiments eurent ils les uns pour les autres à la minute ou ils moururent
ensemble ? La fureur, le dénuement, l’acceptation, la compassion, la tendresse peut être ? Y a t’il un moment, dans la mort, ou la peur est transcendée, dépassée et ou on arrive à autre chose ?
Les passagers de l’airbus A 330 désormais plus unis entre eux qu’ils ne l’avaient été avec aucun autre humain tout au long de leur vie. Quand je monte dans un avion, je regarde toujours les yeux
des hommes et des femmes qui m’entourent en tentant de lire notre destin partagé et me disant que je quitterai peut être la vie avec eux. Si nous devions mourir ensemble des millions de soucis
seraient désintégrés. Nos existences modestes vaporisées en un instant.
La plus grande communauté humaine est celle des morts, les vivants étant sur terre une espèce en perpétuelle voie de disparition. Il
n’y a pas de morale à en tirer, il ne faut pas faire de morale car il n’y a pas de morale.
Mardi 18 août 2009
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/2009
15:48
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Par JEF2P
Publié dans : OPINION