Aéroport de Brazzaville - Congo – 1991 – Vol Brazzaville /
Bangui
Le réacteur gauche du 737 Combi de la côtière était en carafe. Nous descendions vertigineusement vite. L'hôtesse de Lina Congo était blafarde de terreur, incapable de prononcer un mot. J'eus le
temps d'apercevoir les rochers sur lesquels viennent se jeter les rapides du fleuve Zaïre qui séparent Kinshasa de Brazza. Nous nous préparions à vivre un atterrissage forcé, la tête inutilement
rentrée dans les bras. Mes pensées s'entrechoquaient confusément, mais paradoxalement avec lucidité. Ne pas mourir brûlé vif. Que ma voisine de droite s'arrête de hurler. Quelle est cette odeur de
merde? Le regard blasé et froid d'un passager européen, sûrement un mercenaire ou une barbouze. Le sol qui se rapproche. L'avion déséquilibré. Le bruit cliquetant de la carlingue qui souffre mêlés
aux tremblements effrénés des rangements des bagages accompagnés. Puis ce fût l'atterrissage libérateur et l'explosion de joie des 40 passagers, leur manifestation bruyante d'être encore en
vie. Le petit Boeing s'arrêta définitivement. Le bonheur simple se lisait sur tous les visages. Le co-pilote, héros du jour volait littéralement dans le passage central. La porte arrière s'ouvrit,
nous descendâmes sans précipitations. Le héros était en bas de la passerelle. Il recueillait les félicitations générales. Puis ce fût mon tour de parvenir à ses cotés. Je lui demandais" Que
s'est-il passé? qu'est-il arrivé à l'avion?" Il me répondit avec ce roulement de r si caractéristique de l'Afrique Noire francophone" Vrrraiment, l'âvion, il est câssé!"
Lundi 28 juillet 2008
Publié dans : AUTOBIOGRAPHIE